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E puisés, des policiers sont réunis au commissariat de Pisco à moitié détruit. Depuis le tremblement de terre qui a ravagé cette ville du sud du Pérou, ils n'ont dormi que quelques heures, par alternance. "On va parfois vérifier que la famille va bien et on revient au poste", explique l'officier Francisco Coronado.

"A Pisco, on compte 311 des 540 morts qu'a fait le séisme, des dizaines de milliers de familles touchées et… deux naissances" , annonce le colonel Roger Torres, chargé de recenser les victimes. Au milieu du chaos, la venue de deux bébés a redonné du baume au cœur à ces hommes qui se battent pour la vie, malgré l'odeur de mort qui s'est emparée de la ville.

Dimanche 19 août, il restait encore de nombreux cadavres sous les décombres de la cathédrale. Le séisme s'étant produit au moment de la messe, plus de 160 corps inanimés ont déjà été retrouvés sur les lieux. Le prêtre a été miraculeusement trouvé sain et sauf, mais les chances de trouver des survivants sont désormais quasiment nulles.

Les secouristes et les pompiers cherchent donc à sécuriser les zones les plus affectées, où des immeubles entiers menacent de s'effondrer. Les tracto-pelles tentent de rétablir le passage dans la plupart des rues barrées par des amas de pierres, des morceaux de bois et des lampadaires déracinés.

Ville réputée pour ses attraits touristiques, Pisco n'est plus qu'un gigantesque chantier. Selon les autorités, trois quarts de la ville ont été ravagés par le tremblement de terre, qui a atteint une magnitude 8, mercredi 15 août.

Face à ce séisme d'une puissance jamais atteinte depuis plus de quarante ans, les maisons d'adobe, des briques de terre battue très utilisées au Pérou, se sont effondrées et leurs toits faits de cannes à sucre se mélangent aujourd'hui aux débris.

Au milieu du désastre s'élève un drapeau péruvien, dans une des ruelles aussi désespérément triste et chaotique que ses voisines. "C'est la seule chose qui a résisté aux secousses", raconte un militaire qui surveille le quartier. Autour de l'étendard rouge et blanc se sont effondrés les quatre murs de ce qui était un bureau du gouvernement destiné aux petites entreprises.

Le téléphone n'est toujours pas accessible dans cette région de 160 000 habitants, privée d'eau et d'électricité depuis le jour du séisme. "On se croirait à Bagdad ou dans un pays en guerre", confie le commandant du groupe de sauvetage des pompiers de Lima, Jorge Molina, qui n'avait jamais vu pareille catastrophe en trente ans de carrière. Arrivé sur place au lendemain du séisme, le commandant est éreinté.

"Nous avons découvert près de 200 cadavres dans les décombres, et le travail continue" , raconte-t-il. Surchargés, les pompiers péruviens ont reçu l'appui de secouristes venus d'Espagne, du Venezuela, du Mexique, de Colombie et d'autres pays. Nombre d'entre eux étaient basés dans le centre de Pisco, dimanche. Partiellement détruite, la place d'Armes concentre la plupart des organisations étatiques et non gouvernementales venues prêter main-forte aux secouristes.

IMPATIENCE ET COLÈRE

Beaucoup se plaignent du manque d'organisation ayant entouré la mise en place de l'aide humanitaire. "Nous faisons notre travail de pompier, mais nous nous occupons aussi de nombreuses autres tâches qui ne devraient pas être de notre ressort", avoue le commandant Molina, racontant comment les pompiers ont souvent dû prendre en charge les personnes venues sur place apporter des dons, ne sachant où aller.

La fatigue aidant, les langues se délient. "Les choses ne sont pas organisées et aucun contrôle n'est mis en place lors de la distribution des rations alimentaires", critique un policier, refusant de donner son identité. Certains habitants n'hésitent pas à bénéficier plusieurs fois de l'aide proposée, aux dépens de nombreuses familles n'ayant toujours rien reçu.

La pénurie en eau et en aliments étant de plus en plus difficile à supporter, l'impatience et la colère se font sentir. "Nous dormons dans la rue depuis le séisme et personne ne nous a donné ni eau ni nourriture, dénonce Maria. A aucun moment, l'aide n'est arrivée ici." Cette dame vit à quelques encablures de la place d'Armes, dans la rue Pedemonte.

"Il faut nous aider , prie sobrement Maximiliano. Nous n'avons plus rien." Avec l'aide de ses voisins, ce sexagénaire a pu évacuer quelques rares objets. Sa maison est en ruine. Son épouse est morte sous les décombres. Sa petite fille, dans un état grave, a été transportée vers un hôpital de Lima.

Plus loin, Felix est devant "sa maison", ou plutôt l'endroit où elle se trouvait. Le terrain est désormais un amas de pierres. Tout a été anéanti. "Notre quartier a été l'un des plus affectés et on ne nous a même pas donné d'eau, réclame-t-il. On entend dans les médias qu'arrivent de l'appui de l'étranger et des dons de tout le pays. Je ne sais pas où disparaît toute cette aide, mais elle ne vient pas chez nous."

Les déclarations dans la presse annonçant la vague de solidarité internationale et les dons massifs faits à Lima ont généré de grandes attentes chez les sinistrés, privés de tout depuis la catastrophe. L'état des voies reliant la capitale aux régions affectées a longtemps ralenti l'arrivée de l'aide sur place. Principal axe longeant la côte vers les villes du Sud, la route panaméricaine a été fortement endommagée, rendant difficile le passage des véhicules pendant plusieurs jours.

CAMIONS DE VIVRES ATTAQUÉS

Depuis jeudi, une trentaine d'avions chargés de nourriture, vêtements et médicaments part chaque jour de Lima vers la base navale de Pisco, mais le grand nombre de victimes, habitant parfois dans des zones isolées, explique la lenteur de l'opération humanitaire.
"Les premiers jours se sont déroulés dans la confusion car il y avait des priorités comme la gestion des blessés, mais la distribution des aliments est désormais bien organisée", assurait, dimanche, la ministre de la condition féminine, Virginia Borra, selon qui 500 tonnes d'aliments, tentes et autres avaient déjà été distribuées.

"L'aide arrive, on nous a donné de l'eau" , confirmait Mario à San Andres, un village à 5 kilomètres de Pisco. Cependant, la famille de ce pêcheur n'a pu récupérer les rations alimentaires qui lui étaient destinées. "Nous ne voulons pas laisser nos maisons à la merci des voleurs", explique-t-il.

La plupart des localités de la région n'ayant toujours pas d'électricité, certains profitent de la nuit tombée pour voler le peu qu'il reste dans les maisons. De nombreux camions chargés de vivres ont été attaqués au cours des derniers jours, poussant le gouvernement à renforcer le déploiement de militaires et de policiers dans la zone.

Les pêcheurs de San Andres ont formé un comité de vingt personnes pour surveiller le voisinage. "Notre plage de San Andres était un endroit très aimé des touristes", souligne Isabel. Projetées par la mer durant le séisme, les barques ont échoué sur la route, hors d'usage. "On a tout perdu mais la famille a survécu, c'est le plus important, ajoute Isabel. Le reste, on le reconstruira avec le temps."

 

Source : www.lemonde.fr

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